lundi 4 juin 2018

POUVOIR ET MEDIAS AU SENEGAL : Deux voisins unis par des liens conflictuels


Professeur Ndiaga Loum (image Cesti)
Ndiaga Loum, a été l’invité du Cesti, à l’occasion de ses journées de carrefour d’actualité. Juriste, politologue et professeur en Sciences de l’information et de la communication, M. Loum estime que la cohabitation entre pouvoir et médias « a longtemps été difficile et est souvent source de tensions au Sénégal du fait que le premier veuille toujours avoir une mainmise sur le second ». Il s’exprimait ainsi sur le thème : « Rapports entre Pouvoir et Médias au Sénégal ».

La presse a été un long processus de luttes syndicales au Sénégal. C’est en tous cas l’avis de Ndiaga Loum. Selon M. Loum, qui s’exprimait ainsi lors d’une conférence au Cesti, il s’agissait d’une presse d’opinion, de propagande. « Mais cette presse n’était pas vulgarisée partout au Sénégal ; elle n’était présente que dans les communes de plein exercice », a-t-il expliqué. Sous Senghor, par exemple, note le politologue, c’était un décalage réel entre l’image politique que le Sénégal cherchait à véhiculer et la réalité du terrain. « Senghor a toujours essayé d’étouffer les revendications sociales en contrôlant les médias. La radio devient un moyen de pression pendant tout son le régime », déclare-t-il.
Aux yeux du politologue, les politiques avaient alors toujours une explication pour justifier leur mainmise sur les médias. Ils cherchaient coûte que coûte, selon ses dires, à toujours tenter d’étouffer les velléités d’indépendance et d’autonomie des médias, notamment ceux privés. « En 1989, des journalistes furent arrêtés du fait de leur opposition au régime », se souvient le professeur en Sciences de l’Information et de la Communication. Pour lui, le président Senghor ne pouvait pas accepter les mouvements sociaux avec surtout l’émergence d’une presse privée qui, selon lui, allait à l’encontre des intérêts de l’Etat.


Le pluralisme médiatique va être une réalité au Sénégal après le départ de Senghor du pouvoir. Cependant, le développement de la presse privée, de l’opinion de Ndaiga Loum, va subir une pression des pouvoirs publics. Elle est accusée d’être une presse de connivences, d’incitations aux soulèvements populaires et d’être la source des revendications sociales et syndicales, détaille-t-il.

Les partis politiques ont dès lors joué un rôle majeur pour la promotion mais surtout pour l’indépendance des médias dans l’exercice de leur métier. C’est ainsi que « l’éternel opposant au  régime socialiste », Abdoulaye Wade, va instrumentaliser les médias afin, se convainc  le juriste. Pendant sa campagne électorale de 2000, cite-t-il à titre illustratif, le secrétaire général du parti démocratique avait pris l’engagement de libérer la presse « de l’étau et du musèlement du régime socialiste ». Vilipendant ainsi les médias de propagande en faveur du président Abdou Diouf pendant son magistère, poursuit-il, comme le quotidien national ‘’Le Soleil’’, Abdoulaye Wade avait estimé que la pression dont était victime les journalistes devrait être combattue. Pour ce faire, le pape du ‘’Sopi’’ s’appuya alors sur la presse. A ce propos d’ailleurs, les médias ont beaucoup contribué sur sa campagne électorale. « Ce qui lui permet, affirme M. Loum, de renverser en 2000 Abdou Diouf de la tête du pouvoir et devient le premier président de l’alternance ».
Contre toute attente, l’euphorie née de l’alternance en faveur de l’indépendance et d’une liberté de la presse au Sénégal va voler aussi vite en éclats. « Le contrôle des médias est plus accru pendant le règne de Abdoulaye Wade », soutient-il. Ce dernier a été, selon M. Loum, celui qui a le plus dans l’histoire politique du Sénégal exercé de pression sur les médias. La tendance, loin d’être inversée avec l’arrivée au pouvoir de Macky Sall, s’est renforcée avec un certain nombre d’interpellations de médias et de journalistes.

Dans la vidéo qui suit, Ndiaga Loum donne son opinio sur le pluralisme de l'information...



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